Cacao

Prix: 15 €
Référence : 09193
Cacao
Cacao

Auteur : Gauchez Maurice

Nom réel : Gilles Maurice

Editions : Rex

Sans date

Collections :

N° 15

Informations complémentaires

Genre

Type de couverture

Broché

Nombre de pages

213

Dimensions

13 x 21.5 x 1.5 cm

Poids

240 gr

Etat

09/10

Remarques sur l'ouvrage

Etat d'usage, nom sur la page de titre

Resumé - Extrait

Lentement, le soir faisait déferler la marée montante de ses ondes obscures ; le flux des ombres nocturnes mourait sur les plages du ciel dans une apothéose de pourpre, de mauve et de bleu et parmi des traînées d'or, d'orange et d'ocre. Toute la splendeur de l'heure crépusculaire se mirait sur le glauque mobile et bruissant du fleuve ; l'on n'eût pu dire si, à l'horizon, le soleil s'était ouvert les veines au ras des eaux, pour s'engloutir plus vite, ou si les brumes cernées de sanguine, et que charriait l'Escaut, avaient étreint la lumière rouge de leurs souples tentacules pour l'entraîner vers l'oubli des néants intermittents.

Les mollets bronzés et luisants, campé sur ses pieds nus, Cacao sifflait une ariette populaire ; il lui donnait le rythme que le courant du fleuve, en se heurtant au quai, imprimait à la barque. Le visage basané, étrangement exotique avec la vivacité des yeux noirs et profonds, Cacao sifflait, les mains enfouies dans les poches du vieux pantalon que la brise collait à ses cuisses et dont la toile battait sur ses genoux ; il sifflait : la chanson de défi des hommes du Schipperskwartier, avec les modulations capricieuses improvisées par l'enfant, prenait des inflexions bizarres ; on y entendait toute la farouche virilité des gens du port : marins des bélandres glissantes et des remorqueurs trapus et rapides, matelots des péniches et des bateaux à voiles, loups de mer des vaisseaux transatlantiques, débardeurs aux épaules carrées, bougres solides des antiques et puissantes « Nations » ; on y percevait aussi toute l'énergie brutale et orgueilleuse des énormes blocs de vie que sont ces travailleurs des bassins ; cela s'entendait aux notes stridentes et autoritaires du chant qu'aiguisait la bouche voluptueuse de Cacao ; mais aussi, à certains accents tout à coup graves, comme alanguis par une rêverie fugitive, cela évoquait la voix nostalgique d'une poésie fruste, influence fluviale marquée dans l'âme d'êtres primitifs et instinctifs…



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