L'art et la littérature

Prix: 5 €
Référence : 06053
L art et la littérature
L art et la littérature

Auteur : Hourticq Louis

Editions : Flammarion

02/1947

Collections :

Informations complémentaires

Genre

Art

Type de couverture

Broché

Nombre de pages

295

Dimensions

13 x 19.5 x 1.8 cm

Poids

210 gr

Etat

07/10

Remarques sur l'ouvrage

Papier jauni, signature et date sur le troisième plat

Resumé - Extrait

Les relations de l'art et de la littérature, l'influence réciproque de ces deux modes d'activité créatrice se ramènent aux affinités ou incompatibilités entre les mots et les images. Les mots sont des signes conventionnels qui désignent des choses concrètes ou des notions intellectuelles ; ils tiennent de si près à la vie de notre conscience qu'ils se confondent presque avec elle ; c'est à peine si nous pouvons penser une image et surtout une idée sans la nommer. Cet aspect de notre vie mentale — la pensée abstraite, le raisonnement — est inconcevable sans la traduction verbale ; toute idée suppose une définition plus ou moins consciente qui ne peut être qu'une analyse contenue et délimitée en des formules. La méditation la plus intime est une sorte de parole intérieure : chez quelques-uns cette parole n'est pas toujours muette ; chez presque tous la pensée ne semble pleinement éclose que lorsqu'elle a subi l'épreuve de l'écriture. Dans ce domaine des notions abstraites les mots ne forment en rien leurs possibilités. Avec ces signes conventionnels créés pour désigner les concepts, il ne peut y avoir de malentendus entre deux interlocuteurs que s'ils ne se sont pas mis d'accord sur le contenu des mots qu'ils échangent.

Il est un tout autre aspect de notre conscience où les mots sont également indispensables, mais où ils sont loin d'apporter la même précision. Quand ils désignent les différentes sensations qui nous parviennent du monde extérieur, ils ont une réelle force expressive, surtout si les deux esprits qu'ils mettent en communication ont la même expérience de la chose désignée. Mais dans le cas contraire, il faut que le langage verbal évoque la sensation chez celui qui l'ignore et le succès n'est pas le même suivant les mots choisis et surtout suivant la nature des images. Dans le cas des concepts, lorsqu'il n'y a rien de plus que des notions abstraites, c'est-à-dire des définitions verbales, ce sont des signes qui représentent la richesse, comme le font les chiffres et la monnaie. Mais les mots qui s'efforcent d'exprimer une image, de la ressusciter dans un esprit, hors de la présence ou du souvenir de l'objet, devraient donner de cet objet une évocation concrète, et non pas seulement une fiction verbale équivalente. Il leur faut montrer un paysage ou une personne absente, faire entendre un accord musical, sentir un parfum ou une saveur, suggérer les impressions variées et confuses qui s'éclairent et passent dans notre conscience. C'est là un des caractères des littératures « évoluées », celles qui fleurissent après des générations de « primitifs » ; alors que ces primitifs usaient des mots seulement pour indiquer les sentiments et désigner les choses, les écrivains des âges plus savants veulent faire revivre les sentiments et montrer les choses...



Vous appréciez ce livre ?