La chambre des Saints à Rome

Prix: 10 €
Référence : 13162
La chambre des Saints à Rome
La chambre des Saints à Rome

Auteur : Joly Edmond

1933

Informations complémentaires

Genre

Type de couverture

Broché

Nombre de pages

271

Dimensions

14.5 x 20.5 x 2 cm

Poids

360 gr

Etat

08/10

Remarques sur l'ouvrage

Etat d'usage, couverture jaunie, petit coup sur charnière

Resumé - Extrait

PRÉFACE

 

La Chambre des Saints...

On pourrait croire qu'il y a sous ce titre une sorte d'intention poétique, une mystérieuse image, bien mise en saillie pour piquer la curiosité du passant. Il n'en est rien. Si le titre est beau, s'il « chante » à souhait, il est aussi très simple et très loyal. Ce n'est pas un de ces titres voyants, tout en littérature, qui valent ou souvent dépassent le livre par eux dénoncé, et qui appellent à l'acquérir, d'indiscrète mais agréable façon, le lecteur. Il s'agit de la chambre des Saints au sens propre, direct et concret de ces mots — et de la chambre des Saints à Rome. Il s'agit de ces chambres mêmes où vécurent les Saints et où l'on trouve, en toute son humble et poignante réalité, le saisissant contraste de ce que, depuis le Dieu fait homme, les plus lointains reflets des êtres associés par Lui à sa vie peuvent apporter en ce monde de présences agissantes et sacrées.

La chambre des Saints nous fournit, d'un coup, la transition tragiquement misérable et par là, d'autant plus significative, qui s'est établie entre le surnaturel le plus relevé, le plus net, et les plus proches, et les plus intimes détails de la vie domestique dépouillés même de ce qui, en cette vie, par le mouvement laborieux des jours, pouvait les ennoblir.

La chambre des Saints a ainsi plusieurs caractères : celui d'une antichambre du Ciel, et, sans que rien ne vienne y démentir ni l'antichambre ni le Ciel, d'une antichambre de piètre apparence, faite pour l'attente morfondue ou le travail ingrat. — Les antichambres n'ont rien de commun, on le sait, comme décor, avec les appartements de réception, mais elles seules peuvent conduire jusqu'à eux, et l'on y traîne parfois des heures de bien lourde attente. Une porte seulement nous y sépare du reste du logis, mais elle cache tout. Une clef et un tour de clef suffisent à ouvrir cette porte, mais on ne soupçonne rien de la splendeur qui, si elle peut commencer dès l'autre côté du battant, exige pour s'avérer à l'œil, la clef et le geste. La chambre des Saints est de ces antichambres ; elle en conserve l'aspect particulier, accru encore par tout le désarroi de sa désaffectation.

La chambre des Saints acquiert aussi, avec la vénération de la postérité, un caractère paradoxal d'arrière-boutique de la Terre, où l'on se montre soucieux de tout ramasser, de tout garder, jusqu'au plus pitoyable brin de souvenir vécu, jusqu'à ce qui semblerait le plus fait pour être jeté dehors.

Et les deux aspects doivent être accusés, soulignés. De l'exaspération même de leur discordance naît l'enseignement utile, se précise toujours mieux le sens de la grâce, miracle quotidien fleurissant au cœur de nos plus ridicules conditions d'existence.

On l'a bien souvent gâtée par l'ornement posthume et la richesse d'un décor plaqué, cette pauvre chambre des Saints, mais, comme l'auteur le montre si bien, il lui reste presque toujours une trace de son humanité authentique et vulgaire. Et le raccord mal fait des deux éléments rend parfois plus apparente la leçon. Car ce qui demeure de plus précis et de plus précieux, à côté des pompeuses surcharges de tous les temps, ce ne sont pas même les restes les plus nobles d'une vie qui fut pénétrée, dans l'être et dans le faire, de l'action divine ; ce sont, à une étrange place, les détritus et les déchets; ce ne sont pas les restes de ce cadavre qui n'était déjà plus un corps, ni les miettes de ce cadavre, ni la poussière de ce qui fut cadavre — ceci a droit à l'église et va jusque sur les autels — c'est encore d'au-dessous et de plus loin que se reprennent les choses pour nous montrer la force et la trace de Dieu dans le plus fade des néants... ce sont les objets qui ont servi et touché, linge, vieux habits, savates éculées, choses indignes, dédaignées, — et soudain rehaussées, revêtues de vertus comme d'honneur. L'intervalle, je le répète, se prononce au-dessous, pour mieux montrer le saut fait au-dessus…

 

 



Vous appréciez ce livre ?