Le livre du courage et de la peur Tome 1

Prix: 10 €
Référence : 12801
Le livre du courage et de la peur Tome 1
Le livre du courage et de la peur Tome 1
Le livre du courage et de la peur Tome 1

Auteur : Remy

Nom réel : Renault Gilbert

Editions : Solar

1946

Edition originale

Informations complémentaires

Genre

Type de couverture

Broché

Nombre de pages

218

Dimensions

16.5 x 24.5 x 2.4 cm

Poids

410 gr

Etat

08/10

Remarques sur l'ouvrage

Etat d'usage, bords de couverture légèrement élimés, papier légèrement jauni

Resumé - Extrait

PRÉFACE

 

Je me souviens, dans le plus grand détail, comment j'ai connu ce livre. Plusieurs mois après la Libération, dans une vaste maison de campagne aux environs de Londres, un homme, un Français, tapait sans arrêt sur le clavier d'une machine à écrire. Il n'y employait que deux doigts mais le travail avançait très vite. Les longues feuilles aux lignes serrées s'amoncelaient les unes sur les autres.

Cette maison silencieuse avait longtemps connu le mouvement, le bruit et une singulière destinée. Lorsque la France était occupée, elle avait servi de lieu d'accueil et de repos à beaucoup d'agents secrets, hommes ou femmes, qui circulaient entre leur pays captif et l'Angleterre libre. Celui qui leur donnait l'hospitalité était leur chef et leur compagnon. Fondateur de l'un des premiers réseaux de renseignement, ayant mené à bien, en France, des actions extraordinaires, il dirigeait alors de Grande-Bretagne un secteur essentiel à la lutte clandestine.

Maintenant il n'y avait plus de passants aventureux dans la belle maison environnée de pelouses. Le cliquetis de la machine à écrire se répercutait à travers les couloirs sonores. Le maître du logis, revenu en Angleterre, profitait d'un bref répit et rassemblait ses souvenirs.

Je me trouvais chez lui à cette époque. Un soir, il me donna une pile épaisse de grandes pages pleines d'un texte dense et me dit :

— Voulez-vous les parcourir ? Il me semble que cela pourrait faire un livre. Il faut bien l'avouer : j'ai éprouvé une gêne très vive. J'admirais et j'aimais profondément cet homme. Pour son courage, son énergie, son humanité, son rire, sa mélancolie. Pour ce qu'il avait fait et la façon dont il l'avait fait. Je lui avais, en outre une obligation immense : il m'avait permis, à un âge où l'aviation de guerre 'est un rêve inaccessible, d'effectuer des missions aériennes au-dessus de la France. Pour toutes ces raisons, je lui devais une vérité entière, sans ménagement.

Mais aucune d'elles ne pouvait garantir que son livre fût bon. L'art, le métier d'écrire, n'ont rien à faire avec les vertus d'un caractère, ni même avec les richesses d'une vie. Souvent des gens exceptionnels par leur nature et par leurs expériences m'avaient confié le récit qu'ils en avaient rédigé. C'était, en général, un désastre. L'emphase ou la pauvreté, ou l'incohérence, ou encore l'accent mis sur le détail inutile, fastidieux, et l'ignorance de l'essentiel, les dépouillaient de tout intérêt. L'auteur défigurait, détruisait lui-même sa meilleure substance.

Dans la grande et belle maison anglaise oh s'étaient croisés tant de chemins secrets, tant de passions unies dans le service contre l'ennemi, quand je montai vers ma chambre avec ta pile de feuillets dactylographiés, j'avais peur, très peur, de n'y trouver qu'une image amoindrie, déformée, de l'homme qui m'était cher et qui, dans la nuit profonde, continuait à taper avec deux doigts, infatigablement, sur le clavier de sa machine à écrire.

Or, dès que j'eus commencé ma lecture, rien n'exista plus en dehors d'elle. Ni mes craintes. Ni la maison anglaise. Ni même celui qui avait composé les pages dont le texte m'arrachait au sentiment du présent.

Je voyais naître, tâtonner, grandir, se développer et vivre, avec ses succès et ses catastrophes, ses souffrances, ses angoisses et ses agonies, l'aventure étonnante d'un homme que rien, avant 1940, ne destinait au métier d'agent secret et qui apprenait à l'être, et qui devenait chef de réseau. En même temps, je voyais l'ébauche...



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